QUATOR EN ENCRE

QUATOR EN ENCRE

Dans la continuité des pellicules papiers brûlés, j’ai commencé la série Couleurs.

Pour cette série je me suis inspirée du développement des pellicules argentiques qui comporte plusieurs étapes : un révélateur, un bain d’arrêt et un fixateur. Chaque étape comporte automatiquement des agitations, qui permettent de renouveler le produit sur la surface du film et maintenir son activité développatrice. Entre chaque étape, un rinçage est nécessaire.

J’ai choisi de travailler ces pellicules papier avec des couleurs unis. J’ai donc simplifié l’étape du développement. Là où la température du révélateur modifie l’intensité du développement sur une pellicule argentique, ce sera le pourcentage d’encre dans l’eau qui modifiera l’intensité du développement de la pellicule papier. J’ai, comme avec les flammes, laissée l’encre agir comme bon lui semblait.

Ce « développement » permet à la pellicule de devenir autant « support » que « contenu ». Le travail, sur la série Couleurs est principalement pictural. L’intensité de la couleur, le contraste, la lumière… je conçois cette série comme une alchimie, tout comme Christian Lebrat concevait Trama (1978-1980) comme un travail d’alchimiste.
Le déplacement rapide des six couleurs pures de son film, filmées en bandes verticales interchangeables, finit, à la projection, par donner à l’œil l’impression de couleurs inédites. Christian Lebrat est un des cinéastes expérimentaux les moins figuratifs ou l’un des moins platoniciens, mais il se trouve dans une situation esthétique proche de celle du peintre, cherchant à donner quelque chose de beau ou de saisissant à voir – à voir vraiment- d’une pulsion scopique.

Dans la série Couleurs, nous verrons le déplacement rapide d’un monochrome, filmée en bande horizontale pour petit à petit perdre ou gagner en densité et parfois laissé apparaitre une autre couleur. Là, où le traitement des rouleaux thermiques réagit à l’encre et l’eau. C’est une danse, disparate et discontinue.