TEMPORAL CONSTRAINT

TEMPORAL CONSTRAINT

La contemplation est un thème récurrent de mon travail.

Temporal Constraint, est une invitation à contempler d’un autre genre. Le spectateur évolue sur des terres inconnues, dans un monde d’un blanc monochrome. Le film témoigne de la recherche archéologique et temporelle de ce monde imaginaire. Il met à jour chaque couche, les unes après les autres. Le film nous invite à faire la synthèse. Mais nous fait également perdre tous nous repères. Ce que cette fouille archéologique nous révèle :

« C’est le fondement caché du temps, c’est-à-dire sa différentiation en deux jets, celui des présents qui passent et celui des passés qui se conservent. A la fois le temps fait passer le présent et conserve en soi le passé ». VOIR PLUS DELEUZE Gilles, Cinéma 2 l’Image-Temps, [1985], Lonrai, Les Editions de Minuit, 2012, p.129.

Nous mettons à jour chaque couche. Nous déterrons le passé au détriment du présent, qui passe et qui devient passé à son tour. Parmi toutes ces couches, avons-nous déterré un présent-passé. Si toutes les couches sont des présent-passé, peut-on dire qu’il y a des présent-passé-proche(s) et des présent-passé-loin(s) ?

Au début le spectateur pourrait se surprendre à compter ces couches. Ces cercles plus ou moins dilatés, plus ou moins contractés, dont chacun contient tout en même temps, et dont le présent est la limite extrême. Finalement, le spectateur finira par se perdre sous le nombre infini de strates. D’abord trou, puis fossé, le gouffre qui s’étendra par la suite sera un mystère archéologique. Dans l’obscurité que le film ne peut percer, l’exploration se poursuit-elle ?

Le spectateur ignore où il se trouve et à quel monde il appartient. Tous ces cercles du passé constituent autant de régions, de gisements, de nappes étirées ou rétrécies : chaque région avec ses caractères propres, ses « tons », ses « aspects », ses « singularités », ses « points brillants », ses « dominantes. »

Cette exploration n’est pas sans rappeler Timekeeper de Pierre Huyghe que j’ai eu l’occasion de voir lors de sa rétrospective en 2013.

A cette période, la scénographie précédente accueillait le travail de Mike Kelley et bien d’autres avant lui. Comme une ville qui se construit sur d’anciennes fondations, s’adaptant à ce qui préexiste, Pierre Huygue joue avec les vestiges du passé. Ce jeu, prend place sur les murs d’un lieu, qui change d’identité, qui se remet à neuf à chaque exposition. Timekeeper signifie « conserver le temps ». Comme un site archéologique, la surface picturale a été poncée, permettant de rendre apparentes les différentes couches de peinture appliquées au fil du temps, révélant l'histoire du lieu à l’instar des strates géologiques. Tels des anneaux de croissance d’un arbre, l'image prend une allure organique alors qu’elle résulte des traces muséographiques du passé.

Malgré sa taille minimaliste, Timekeeper nous projette violemment dans l’histoire du lieu.

Dans le film Temporal Constraint, je simule un monde et une nature. Je donne l’illusion de créer des « formes muettes, spontanées et sans modèles, comme celles dont la nature foisonnent ».
L’écriture des pierres de Roger Caillois nous présente ces formes graves, fixes et extrêmes, impérissables ou déjà péri. Elles nous montrent quelque chose d’évidemment accompli, sans invention, talent ou industrie, qui fait de Temporal Constraint un monde imaginaire, que le spectateur interprète à sa façon, puisant dans sa culture et ses goûts.

extrait animation papier blanc

Extrait de l'animation n°1

extrait animation ramette de papier

Extrait de l'animation n°2

continuité extrait animation 500 feuilles

Extrait de l'animation n°3

sculpture temporal constraint papier creusé

Installation de l'oeuvre dans l'espace. L'animation devient sculpture.

vue retrospective centre pompidou 2013 pierre huygue timekeeper

Timekeeper
Intervention murale in situ
dimensions variables
Vue de l’exposition, Centre Pompidou, Galerie sud, 2013

continuité extrait animation 500 feuilles

Spectateurs devant Timekeeper de Pierre Huyghe dans la Galerie Sud du Centre Pompidou à Paris